Grève du 19 Mai 1956: l’esprit patriotique libéré

Publié le : mardi, 18 mai 2021 14:10   Lu : 18 fois

MEDEA - L’évocation de la grève du 19 Mai 1956 rappelle la contribution du lycée Bencheneb, baptisé à la mémoire de l’érudit Mohamed Bencheneb, auteur prolixe et polyglotte, à la glorieuse révolution de novembre 1954.

L’histoire de ce lieu de savoir, qui a accueilli les meilleurs élèves et comptait en son sein un encadrement de haut niveau, est étroitement liée à cette page de l’histoire contemporaine de l’Algérie où des jeunes étudiants, épris de justice, nourris des idéaux du mouvement national, avait décidé de franchir un pas, que d’autres n’avaient pas le courage de faire, celui d’abandonner les bancs du lycée et participer, aux côtés du reste de la population, à la guerre de libération.

Le 19 Mai 1956 marque le début d’un tournant dans la vie de ces élèves qui ont préféré renoncé à l’enseignement qui recevaient dans ce prestigieux lycée, situé en plein centre-ville de Médéa, resté, pourtant, à l’abri des bruits de la guerre, pour se jeter corps et âmes dans les bras de la révolution.

La décision n’a sûrement pas été facile pour ces jeunes élèves, arrivés au dernier palier d’un cursus éducatif qui va leur ouvrir les portes de l’université, suprême consécration pour ceux qui ont eu la possibilité d’intégrer un établissement d’enseignement. Or, l’appel de la nation sera plus fort, convaincu de la noblesse de la cause défendue.

La grève est "venue libérée l'esprit patriotique qui couvait parmi les étudiants, à Alger, et les élèves que nous étions, partagés entre les cours au lycée Bencheneb et ceux des médersas de la ville de Médéa", avait déclaré, il y a quelques années, le défunt Bachir Rouis, ancien ministre de l’information, ex-détenu du centre d’internement "Camp Moran", à Boghar, qui faisait partie d’un groupe de lycéens ayant rejoint le maquis, au lendemain de cette grève.

Quatre-vingt jeunes élèves du lycée Bencheneb avaient décidé de quitter les bancs du lycée et rallier les troupes de l’armée de libération nationale (ALN), qui écumaient les maquis de la wilaya Iv historique.

Les élèves étaient regroupés dans plusieurs endroits où ils allaient suivre une formation militaire de base, en prévision de leur affectation vers les nombreuses zones de combat, certains étaient stationnés provisoirement dans les maquis de l’Atlas Blideen, notamment à la "Zaouia El-Ouazane", qui servait de base de transit, d’autres à Ouzera et Ouled Bouachraa, respectivement à l’est et l’ouest de Médéa, qui faisait partie de la zone II de la wilaya Iv historique.

Ce basculement de la vie civile et le confort de la ville, vers un monde nouveau plein de danger et de périls, surtout pour des élèves, peu habitués aux bruits des armes et des détonations, au régime strict du maquis, était une décision difficile et aux conséquences incertaines pour ces jeunes lycéens.

Le départ pour les maquis signifie, selon les propos du défunt Bachir Rouis, "la rupture définitive avec le système colonial dans lequel vivait le peuple algérien".

Du groupe des "80", qui ont renoncé aux études pour prendre les armes contre l’occupant, il reste peu de survivants. La majorité d’entre eux sont morts en martyrs, dès les premières années du maquis, comme les chahids Imam Ilyes, un coureur de demi-fond, maintes fois primés, qui dirigea, au maquis, le groupe de commandos "Djamel", tombé au champ d’honneur en 1958, alors que d’autres avaient survécus et exercé, à l’indépendance, diverses fonctions, tels que l’ancien directeur local de la jeunesse et des sports, Noureddine Enfoussi, membre fondateur du club phare du Titteri l’olympique de Médéa (OM), décédé en 2019.

Certains de ceux qui n’ont pas eu le privilège et l’honneur de mourir les armes à la main en défendant la terre spoliée de leurs ancêtres, se sont retrouvés dans des centres d’internement, à l’image du tristement célèbre "Camp Morand", à la périphérie de la ville de Ksar-el-Boukhari, sud de Médéa, transformé pendant des années en un lieu de "non-droit" où les pires exactions étaient commises.

Des milliers d'algériens, combattants ou civils, avaient transité par ce centre de détention, ouvert en 1939, et beaucoup n'ont pu en ressortir vivants, selon les témoignages d’anciens internés qui ont passé de très longues périodes d’emprisonnement, tels que Belkacem Metidji, un ancien élève du Lycée Bencheneb, interné en 1959 et libéré en avril 1962, ou l’ex secrétaire général du parti du front de libération nationale (FLN), Boualem Benhamouda, qui avaient témoigné, à diverses occasions, sur certains faits "répressibles" et "condamnables" commis contre les internés du "Camp Morand".

Ils ont cité, notamment, "les cas fréquents de torture et d'exécution extrajudiciaire", dont l'une des victimes n'était autre que feu Aissat Idir, militant syndicaliste, interné de force et exécuté de sang-froid, quelques jours après sa libération de prison.

65 ans après ce geste patriotique, les témoignages des acteurs de l’époque, laissés, à titre posthume pour certains, aux générations nouvelles, renseignent sur la portée d’un acte qui va bouleverser le cours des évènements et donner un souffle nouveau à la révolution, à travers l’adhésion d’une catégorie de la société qui a préféré quitter sa zone de confort et s’investir pleinement dans le combat libérateur.

La grève des étudiants, déclenchée deux ans et demi après le début de la révolution de novembre 1954, a eu, de l’avis des hommes qui étaient aux premières lignes et, plus tard, des historiens et chercheurs, un impact important sur l’avenir du combat pour la libération du pays du joug colonial.

Le ralliement en masse des étudiants et des élèves des lycées témoignent du degré très élevé de la conscience politique des jeunes lettrés qui ont accepté le sacrifice suprême et non pas hésité, un seul instant, à se mettre au service de la cause nationale.

Grève du 19 Mai 1956: l’esprit patriotique libéré
  Publié le : mardi, 18 mai 2021 14:10     Catégorie : Régions     Lu : 18 foi (s)   Partagez