Madjid Brahmi, 1er élève martyr à Béjaïa en 1956 à porter la fièvre de la liberté

Publié le : mardi, 18 mai 2021 10:56   Lu : 18 fois
Madjid Brahmi, 1er élève martyr à Béjaïa en 1956 à porter la fièvre de la liberté

BEJAIA - Il s’appelle Madjid Brahmi. Il n’avait que 15 ans lorsque l’armée coloniale l’a brulé vif dans l’incendie de sa maison familiale, localisée à Bouberka dans la région de Toudja à 35 km à l’Ouest de Bejaia. Il a été victime, d’une opération militaire punitive, infligée collectivement à tous les habitants du Hameau, accusés de soutenir la révolution et de cacher des moudjahidines dans leurs abris.

Lui, ses parents et sa sœur ont été littéralement calcinés. Et pas moins de 23 autres personnes ont subi le même sort au terme de cette journée funeste du 23 mars 1956, et au cours de laquelle même les femmes enceintes n’ont pas pu avoir grâce aux yeux de leurs bourreaux, à l’instar de Fatima Debbouz, épouse du grand moudjahid, Mohand Arab Debbouz, qui a subi l’épreuve du feu sans la moindre pitié, selon le récit d’un témoin du village, Arif Sahelia, ami et copain d’école de Madjid, qui tous deux fréquentaient le même établissement primaire à Toudja, "l’école Maurice Donanin", en l’occurrence.

"C’était un véritable carnage avec des scènes d’horreurs insoutenables", se souvient-il encore la gorge nouée d’émotion et accablé par l’atrocité d’un souvenir indélébile, celui du "mélange des cendres des maisons aux restes humains calcinés".

Madjid, qui savourait ses vacances de pâques à la maison, s’apprêtait à repartir à Bejaia et y rejoindre les bancs de son collège, l’actuel "lycée Ibn Sina" où il était élève en classe de 3eme. Il a été sauvagement ravi à la vie. Mais sa mort, n’a pas été vaine. Elle a été le catalyseur d’un soulèvement généralisé de collégiens et lycéens dans la région voire dans tout le pays, qui par cohorte, à l’appel de l’UGEMA (Union générale des étudiants musulmans algériens) ont, troqué leur banc d’école contre les maquis et leurs stylos contre les fusils.

 

"Avec un diplôme de plus, nous ne ferons pas de meilleurs cadavres"

 

En effet, dans cet appel historique, le nom de Madjid Brahimi, y est évoqué en exemple à méditer pour s’engager dans le combat libérateur, car, y est-il souligné, non sans pertinence, qu'"Avec un diplôme de plus, nous ne ferons pas de meilleurs cadavres". Si bien que rapidement la fièvre du sacrifice s’est installée.

"A la rentrée des vacances de pâques, l’ambiance était lourde à cause de la mort de Madjid et celle de Bouraoui dans la région voisine de Jijel", se souvient pour sa part, Djoudi Attoumi, historiographe et ancien officier de l’ALN, qui bien que pensionnaire alors dans une école de commerce à Alger, en a violement ressenti les effets, à l’instar de tous ses camarades, envahis, désormais de peine et de colère.

"Après ça, tout a basculé", dira-t-il en évoquant le flux nominatif de tous les jeunes montés au maquis dont "plus de 80 % n’en sont jamais revenus", a-t-il soutenu.

Une association de la commune de Toudja, "Toudja moudjahdine de l’ALN", a dénombré le sacrifice suprême de 10 lycéens et étudiants dans la seule circonscription, laquelle, durant la guerre de libération, a donné 700 martyrs.

En fait, dès la fin des vacances de pâques, les élèves ont commencé à s’organiser sous la houlette du moudjahid Larbi Touati et de feu Mohamed Seddik Bneyahia, l’ancien ministre des affaires étrangères de l’Algérie indépendante et maître d’internant alors, engagés tous deux à constituer un premier noyau de résistance au sein de l’établissement, a confié à l’APS, en 1996, feu Arezki Bouchefa, figure de proue de ce mouvement alors.

Leur action s’est soldée en quelques jours, par l’organisation d’une journée de deuil à la mémoire de Madjid Brahmi et la paralysie de l’établissement et la distribution soutenue de tracts pour dénoncer le crime dont il a été l’objet.

Percevant cette action comme un défi, l’administration coloniale a alors décrétée une chasse à l’homme, traquant tous les jeunes qui y étaient impliqués. Beaucoup ont été arrêtés et placés en détention soit dans les commissariats soit dans les prisons.

"Mal lui a pris", a-t-il encore rapporté, expliquant que "c’est dans ces lieux, privatif de liberté que la vraie conscience s’est aiguisée et affirmée. Le drame dans son horreur était devant nous". Et depuis, la machine de la résistance s’est installée et n’a pris fin qu’avec l’indépendance et le recouvrement de la souveraineté nationale.

Madjid Brahmi, 1er élève martyr à Béjaïa en 1956 à porter la fièvre de la liberté
  Publié le : mardi, 18 mai 2021 10:56     Catégorie : Régions     Lu : 18 foi (s)   Partagez