Guerre de libération: un historien militaire français poursuivi pour diffusion d’un document d’archive

Publié le : lundi, 17 mai 2021 09:15   Lu : 42 fois
Guerre de libération: un historien militaire français poursuivi pour diffusion d’un document d’archive

PARIS - Un officier historien français est visé depuis la fin 2019 par une enquête judiciaire pour violation du secret-défense, au sujet d’un document d’archive de la guerre d’Algérie, a rapporté Mediapart précisant que cette procédure a été engagée juste avant que le gouvernement français ne verrouille subitement les archives.

Ce commandant, est visé par une enquête judiciaire pour "compromission du secret de la défense nationale", délit passible de cinq ans de prison, précise Mediapart.

La même source a indiqué que la procédure a été ouverte en novembre 2019 par le parquet de Paris, à la suite d’un signalement du ministère des armées suite à laquelle l'officier en question a subi une perquisition à son domicile et sur son lieu de travail de l’époque, le prestigieux camp militaire de Saint-Cyr, à Coëtquidan (Morbihan).

Citant ses propres sources, le média français a fait savoir que, le ministère lui reproche d’avoir conservé et diffusé, sans autorisation, des reproductions d’archives classées "secret-défense" de la guerre d’Algérie.

Jusqu’en septembre 2019, l'officier français était attaché au Service historique de la Défense (SHD) qui conserve, au château de Vincennes, plus de 500.000 documents d’archives militaires.

Il était mandaté par l’armée pour effectuer une thèse de doctorat universitaire, donc destinée à être publiée. Il a envoyé un courriel à sa hiérarchie militaire pour faire le point sur ses recherches, auquel il a joint un document tamponné "secret" qui a mis le feu aux poudres.       

Ce document contenait des instructions très techniques données aux soldats français pour combattre dans les souterrains pendant la guerre d’Algérie, comme la façon de pénétrer dans une grotte occupée par des défenseurs, ou la manière de s’éclairer dans l’obscurité sans se faire repérer.


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Contacté par Mediapart, le parquet de Paris a refusé de répondre alors le ministère des armées français confirme avoir saisi la justice, "conformément à l’article 40 du code de procédure pénale" qui impose à tout fonctionnaire de signaler un crime ou un délit.

Le ministère s'est refusé à tout autre commentaire, se bornant à souligner que "le respect du secret de la défense nationale concourt de façon très directe à la protection de nos forces (et) constitue un enjeu important en termes de sécurité et de préservation des intérêts fondamentaux de la Nation".

Une explication, ajoute la même source, dénué de tout sens eu égard à la nature du document en question qui concerne les combats menés dans les souterrains algériens, soixante-dix ans auparavant.

L’avocat de l'officier français, Benoît Chabert, s'est dit scandalisé, faisant savoir que l’armée française n’a infligé aucune sanction disciplinaire à son client, et qu’il n’a toujours pas été entendu par la police au bout d’un an et demi d’enquête.

Ce cadenassage des archives est contraire aux engagements du président français Emmanuel Macron qui après avoir reconnu devant Josette Audin, la veuve du mathématicien et militant anticolonialiste Maurice Audin, la pratique de la torture par l’armée française lors de la bataille d’Alger, avait promis d’ouvrir les archives de la guerre d’Algérie.

Depuis 2008, une loi garantissait le libre accès à toutes les archives de plus de cinquante ans. Mais, en 2011, le Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale française (SGDSN) avait publié une instruction ministérielle imposant que tous les documents secret-défense relatifs à la guerre d’Algérie soient désormais soumis à une procédure de déclassification.

Mais cette instruction, baptisée IGI 1300, n’était pas appliquée par le Service historique des armées (SHD), les historiens pouvant y consulter librement des milliers de documents estampillés "secret ".

Depuis décembre 2019, les chercheurs doivent désormais faire une demande de déclassification, procédure dont l’issue est arbitrairement décidée par le ministère des armées, et qui dure souvent des années.

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