Oran, autrefois terre d'asile pour les Espagnols fuyant le régime frankiste

Publié le : mercredi, 23 octobre 2019 15:32
Oran, autrefois terre d'asile pour les Espagnols fuyant le régime frankiste

ORAN - Des conférenciers composés pour la plus part de fils ou de petits fils de réfugiés espagnols à Oran participant au séminaire sur "L'exil républicain espagnol en Algérie" ont remis au goût du jour l'histoire, parfois troublante, de leurs aïeux, contraints à l'exil vers Oran, terre qualifiée d'hospitalière en dépit du régime colonial auquel elle était soumise.

Le rôle d’Oran comme terre d'asile pour les réfugiés républicains espagnols, leur accueil par les populations oranaises et leurs conditions de vie déplorables dans les camps d’internement improvisés par l’administration de l’époque, ont été les points phares développés par les conférenciers.

Eliane Ortega, fille et petite fille de réfugiés a parlé dans son intervention des "lieux de mémoire de l’exil espagnol à Oran en 1939" a énuméré les différentes raisons qui ont conduit les républicains espagnols, vaincus par les "frankistes", à se réfugier à Oran.

La conférencière a indiqué que parmi les raisons ayant favorisé le choix d’Oran comme terre d’accueil est la "présence espagnole à Oran depuis des siècles et ses traces", non seulement sur le plan des constructions, mais aussi sur certaines traditions, culinaires notamment, ainsi que la présence de la langue espagnole dans le parler des oranais, entre autres.

"La fin de la guerre civile espagnole et la défaite des républicains a été la raison principale de l’exil, qui a poussé de nombreux espagnols vers les côtes de l’Afrique du Nord", a-t-elle dit.

Selon ses propos, "entre 12.000 et 20.000 espagnols se sont exilés en Afrique du Nord et ont fait le déplacement par bateau" et "de nombreux réfugiés ont également rallié Oran par Avion".

"A l’arrivée massive des espagnols en mars 1939, il y avait beaucoup d’improvisation de la part des français, notamment en ce qui concerne les structures d’accueil qui étaient, en réalité, des camps d’internement ou des camps de concentration, mal gérés où les conditions de vie étaient exécrables", soutient-elle au passage.

Selon Eliane Ortega, il y avait plusieurs camps d’internement, notamment l’ancienne prison civile, les caves des "frères Gay", le Ravin Blanc (port), le fort de Mers El-Kébir, le camp de vacances d’Aïn El-Turck, ainsi que des bateaux prisons dans la rade d’Oran, ajoutant que de nombreux autres camps se trouvaient dans différentes autres régions d’Algérie.

Pour sa part, Yenia Camacho Samper, fille d’exilés, a parlé de "l’Algérie dans la mémoire de l’exil communiste espagnol", décrivant les conditions de vie de ces activistes communistes, les exactions des français, ainsi que leur combat au sein des structures d’internement, leurs tentatives d’évasion, réussies ou échouées, ainsi que leurs actions au sein de la population locale.

La conférencière a aussi évoqué la solidarité des oranais envers les réfugiés, qui les ont aidés moralement et matériellement lors de leur arrivée à Oran et dans leur combat de tous les jours contre l’administration coloniale et contre la discrimination exercée contre eux.


Lire aussi: Le rôle d’Oran comme terre d’asile pour les réfugiés républicains espagnols mis en exergue


Concernant ces réfugiés, Yenia Camacho Samper a indiqué qu’il s’agissait des agriculteurs, des ouvriers, voire des juges et même un ministre, se sont réfugiés à Oran après la défaite des républicains.

Pour sa part, Gerardo Bernabéu, également exilé et fils d’exilés, s’est attardé sur les conditions de vie des espagnols qui n’étaient pas internés et "les difficultés de trouver du travail à Oran en raison de la discrimination des français envers les espagnols, car ils n’avaient pas la nationalité française".

Il est a noté que durant les deux jours du séminaire, une exposition relatant les différentes étapes de l’émigration et de l’exil des espagnols à Oran, depuis plusieurs siècles, a eu lieu à la médiathèque d’Oran (ex-Cathédrale).

Selon l'Institut Cervantès, l’objectif de cette manifestation est de "rendre hommage à tous ceux que La Retirada (La Retraite) de 1939 a représenté pour les exilés républicains espagnols, ainsi que pour les pays qui les ont accueillis, notamment l'Algérie, qui était alors sous occupation française.

La rencontre commémorative est organisée par l’ambassade d’Espagne en Algérie et les Instituts Cervantès d’Alger et d’Oran, en collaboration avec le ministère de la Justice d’Espagne et les ministères algériens de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique et de la Culture et l’assemblée populaire communale d’Oran.

Le séminaire de deux jours a été marqué par la présence de l'ambassadeur d'Espagne en Algérie, Morane Fernando, et l'ambassadeur du Mexique en Algérie, Juan José Gonzalès.

Oran, autrefois terre d'asile pour les Espagnols fuyant le régime frankiste
  Publié le : mercredi, 23 octobre 2019 15:32     Catégorie : Régions     Lu : 8 foi (s)   Partagez