Sanctions américaines contre l'Iran: inquiétude des entreprises françaises

Publié le : vendredi, 11 mai 2018 16:38   Lu : 114 fois

PARIS - Le président Emmanuel Macron savait que le retrait américain de l'accord nucléaire iranien aller menacer d'abord les intérêts français en Iran avec le rétablissement des sanctions américaines comme conséquence directe de cette décision sur les entreprises française installées en Iran.

La France s'était lancée en 2015, rappelle-t-on, dans des investissements en Iran juste après la signature de l'accord nucléaire. Peugeot vend 450.000 véhicules par an en Iran, Renault a vendu plus de 160.000 de ses voitures et Airbus, même si on avait annoncé un début de "crispation", a enregistré des commandes de compagnies aériennes iraniennes (Iran Air Tour, Zagros Airlines) pour 100 avions au total avec une enveloppe avoisinant les 10 milliards de dollars.

On affirme également que Peugeot est bien implanté en Iran avec une participation au marché iranien à hauteur de 30 %, évoquant la présence plus que remarquée du géant pétrolier français Total, associé au groupe chinois CNPC. Un accord a été signé dans ce sens sur un investissement de 5 milliards de dollars pour exploiter le gisement South Pars.

La France avait multiplié en deux ans par trois son excédent commercial avec l’Iran, selon les chiffres du ministère français de l'Economie. Mais les sanctions des Américains qui seront imposées à l'Iran, ne concernent pas uniquement les entreprises américaines mais également européennes.

Le revenant aux affaires politiques et sécuritaires, John Bolton, nommé récemment par le président américain Donald Trump conseiller à la sécurité nationale, a fait savoir que le rétablissement des sanctions américaines avaient un effet immédiat pour les nouveaux contrats, donnant tout de même un délai de trois mois aux entreprises déjà engagées en Iran pour quitter le pays, considéré comme "déstabilisateur" de la région.

L'inquiétude est montée d'un cran en France auprès du gouvernement qui veut sauver ses intérêts économiques à l'international et auprès des chefs d'entreprise qui se demandent si le président Emmanuel Macron pourra en être le sauveur. Mais sa dernière visite aux Etats-Unis a montré les limites de son pouvoir de dissuasion auprès de Donald Trump.

 

"America first" contre les intérêts européens

 

Réagissant à cette situation, la présidence française a estimé que les modalités pratiques de ces sanctions n'étaient encore "pas très précises", indiquant qu'elle aura des discussions "très serrées" avec l'administration américaine, sans trop donner d'assurance.

"Nous allons tout faire, en lien avec nos entreprises, pour défendre et protéger leurs intérêts et maintenir les effets incitatifs de l'accord. Nous allons traiter avec les Etats-Unis au niveau de l’Union européenne, pour des raisons politiques, pratiques et juridiques", a expliqué la présidence française.

Ce qui dénote clairement que la France ne va pas agir seule et comptera beaucoup sur ses partenaires européens sans pour autant être sûre de pouvoir fléchir la position du président américain élu sous le slogan "America first".

Dans un entretien cette semaine à la radio France Culture, le ministre de l'Economie a exprimé ses craintes, jugeant "inacceptable" que l'administration Trump se dresse en qualité de "gendarme économique de la planète".

Plusieurs experts français ont vu dans la sortie des Etats-Unis de l'accord comme "un coup d’arrêt" au développement des entreprises françaises en Iran, estimant qu'elles "vont certainement se retirer du marché iranien, au vu du risque juridique" des sanctions américaines.

Dans ce contexte, rappellent-ils, l'administration Trump dispose, dans leur droit, un principe d’extraterritorialité, qui leur permet d’infliger des amendes à n’importe quelle entreprise qui y traite des affaires dans ce pays.

C'est dans ce cadre juridique, rappellent-ils encore, que la banque française BNP Paribas a été condamnée en 2015 à payer une amende de près de 9 milliards de dollars pour avoir contourné les embargos imposés par les Etats-Unis à Cuba, à l’Iran, au Soudan ou à la Libye.

La bataille va être "très rude" entre les pays de l'Union européenne et les Etats-Unis, selon des observateurs qui estiment que personne n'est en mesure de livrer des pronostics. Pour le moment, un mixte de prudence et d'inquiétude frappe les groupes français d'industrie qui se disent "en train d'analyser avec le plus grand soin les récentes annonces".

Sanctions américaines contre l'Iran: inquiétude des entreprises françaises
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