Des experts préviennent contre une "crise de l'eau", les réserves d'eau douce en péril

Publié le : mardi, 13 février 2018 17:18   Lu : 225 fois
Des experts préviennent contre une "crise de l'eau", les réserves d'eau douce en péril
Photo APS

 

ALGER - Des experts et organisations internationales préviennent contre une "crise de l'eau" aux impacts potentiellement graves, générés notamment par le réchauffement du climat et la pollution, et qui se font sentir dans plusieurs parties du globe où les reserves d'eau douce sont en péril.

Cours d'eau bétonnés par des barrages qui n'arrivent plus jusqu'à la mer, nappes aquifères millénaires vidées jusqu'à la dernière goutte, eaux contaminées par diverses pollutions... Les réserves d'eau douce de la planète étaient déjà en péril, avant même que les effets potentiellement dévastateurs du réchauffement ne se fassent sentir, selon les experts.

La planète, dont 97% de l'eau est salée, est traversée par un flux d'eau douce renouvelable de 42.810 milliards de mètres cubes par an, soit 16.216 litres par personne et par jour, près de quatre fois la consommation des habitants des Etats-Unis, selon des données de la FAO (2016).

En prélevant près de 4.000 milliards de mètres cube d'eau douce en 2014, l'être humain consommait moins d'un dixième des ressources renouvelables à disposition.

Aussi, plus d'un quart des ressources renouvelables (qui ne comprennent pas les glaces de l'Antarctique, environ 60% des réserves de la planète) se trouvent en Amérique latine, contre soixante fois moins au Moyen-Orient et en Afrique du Nord.

Sur la plaine de l'Indus et du Gange, où vivent quelque 600 millions de personnes en Inde, au Pakistan et au Bangladesh, "l'eau souterraine est pompée à un rythme intenable et terrifiant", constate Graham Cogley, de l'université canadienne de Trent. Et plus de la moitié de l'eau, contaminée par le sel et l'arsenic, est impropre à la consommation et à l'irrigation, selon une récente étude.

En outre, les nappes souterraines fournissent de l'eau potable à au moins la moitié de l'humanité ainsi que 40% de l'eau utilisée pour l'agriculture. Mais les aquifères ne se remplissent pas aussi facilement qu'un réservoir après une averse: à l'échelle de temps humaine, ils ne sont pas une ressource renouvelable.

"Un demi milliard de personnes dans le monde font face à des pénuries toute l'année", dont plus d'un tiers en Inde, indique Arjen Hoekstra, de l'université de Twente aux Pays-Bas cité par l'AFP.

 

Pénurie et épuisement des sous-sols

 

Les réserves souterraines, dont dépend un tiers des habitants de la planète, sont menacées d'épuisement, s'alarme l'Onu. 20% d'entre elles sont sur-exploitées.

D'après les données de la FAO (2014), 45 pays comme l'Afrique du Sud, Chypre ou le Maroc sont en situation de pénurie (définie par les Nations unies lorsque les ressources sont inférieures à 1.000 mètres cube par habitant par an), dont 29 en situation de pénurie extrême (moins de 500 mètres cubes) comme en Israël et au Qatar.

La pénurie d'eau dans la ville du Cap en Afrique du sud illustre la complexité de la fourniture en eau, ressource toujours plus demandée, et pourtant abondante. En 2014, la demi-douzaine de réservoirs qui approvisionnent les 4 millions d'habitants du Cap étaient remplis. Mais après trois ans de sécheresse historique, les réserves d'eau sont au plus bas, et les habitants sont invités à ne pas utiliser plus de 50 litres par jour et par personne.

En plus du Cap, des pénuries consécutives à des sécheresses ont par exemple frappé en 2016 Freetown en Sierra Leone, La Paz en Bolivie ou Ouagadougou au Burkina Faso.

Par ailleurs, des experts s'inquiètent d'une possible disparition, d'ici quelques dizaines d'années, des réserves aquifères dans une partie du bassin du Gange en Inde, dans le sud de l'Espagne et de l'Italie, ou encore dans la vallée centrale de la Californie aux Etats-Unis.

 

Pollution et changement climatique, des facteurs pesants

 

La pollution, le changement climatique et une mauvaise gestion des ressources sont autant d'autres facteurs pesant sur la distribution en eau, note la Banque mondiale.

Ainsi, le Groupe intergouvernemental d'experts sur l'évolution du climat (Giec) soulignait en 2014 que pour chaque degré celsius de réchauffement climatique, environ 7% de la population mondiale perdrait au moins 20% de ses ressources en eau renouvelable.

Le Giec prévoit des sécheresses plus importantes et plus fréquentes dans les zones déjà arides, réduisant les ressources en eau. Selon les scientifiques, la planète a déjà gagné 1 C depuis l'ère pré-industrielle, et pourrait encore gagner un ou deux degrés. Or, selon les experts du climat de l'ONU (Giec), à chaque degré supplémentaire, environ 7% de la population mondiale perdrait au moins 20% de ses ressources en eau renouvelable.

D'ici 2030, le monde devra ainsi faire face à un déficit en eau de 40% si rien n'est fait pour contenir le réchauffement. Et dans le même temps, la demande mondiale d'eau devrait s'accroître de 55%, sous la pression des métropoles des pays en développement.

La perspective de canalisations vides hante déjà certaines zones urbaines, comme en Californie qui sort de cinq années de sécheresse ou à Sao Paulo qui est passé tout près de son "Jour Zéro" en 2014-2015.

Des experts préviennent contre une "crise de l'eau", les réserves d'eau douce en péril
  Publié le : mardi, 13 février 2018 17:18     Catégorie : Economie     Lu : 225 foi (s)   Partagez