Abdelkader Farrah, un artiste éclectique au parcours ignoré

Publié le : mercredi, 14 mars 2018 20:13   Lu : 124 fois
Abdelkader Farrah, un artiste éclectique au parcours ignoré

ALGER - Dessinateur, musicien et surtout scénographe, Abdelkader Farrah, homme de théâtre de notoriété mondiale, est resté méconnu dans son propre pays, lui qui avait "le souci permanent" de mettre son expérience au service du 4e art en Algérie.

Né le 28 mars 1926 à Kasr El Boukhari (Médéa), Abdelkader Farrah s'est imprégné très jeune de son environnement, se nourrissant de l'éducation familiale autant que des enseignements de la Zaouia du Cheilh El Mimoun où il avait fait ses premières classes, avant de connaître un parcours professionnel hors du commun sur les scènes du monde.

Se définissant comme un "autochtone ouvert sur le monde extérieur", Abdelkader Farrah se plaisait à revivre les souvenirs de son enfance qui, pour lui, aura été "très riche en enseignements", considérant celle-ci comme "un réservoir d'expériences, d'émotions et de traditions immuables", avec l' "école de la rue" où il observait et méditait la "patience des animaux" subissant le soleil écrasant de sa ville natale.

Prématurément orienté vers les disciplines artistiques, le 4e art notamment, Abdelkader Farrah ira étudier à Paris où il croisera différentes cultures du monde.

De toutes ces rencontres, l'artiste va mûrir son art, attirant l'attention des metteurs en scène de toute l'Europe, qui, très vite, solliciteront ses services, lui permettant de se distinguer, avant d'être recruté à la Royale Shakespeare Company (RSC) où il a très vite imposé son savoir-faire de scénographe.

Artiste polyvalent, Abdelkader Farrah, dessinateur et concepteur de couverture de livres, auteur de plusieurs articles publiés dans des magazines spécialisés, compte également a son actif 17 compositions musicales inspirées des patrimoines africain, arabe et méditerranéen qui ont aiguisé ses goûts artistiques.

Les travaux de Farrah constituent un brassage de cultures, expression de sa personnalité d'artiste forgée par la pluralité culturelle et l'universalité et qui repose sur un socle de valeurs nourrit par ses aînés, avec lesquels il a gardé un lien perceptible.

Durant la guerre de libération, Abdelkader Farrah, avait refusé en 1960 le "prix de l'Alliance française" décerné par le ministre français de la Culture André Malraux, affichant son refus de la colonisation de l'Algérie. En 1967, à Londres, il propose à la vente aux enchères plusieurs de ses œuvres au profit de la cause palestinienne.

Le scénographe attitré de la RSC a eu un parcours artistique jalonné de distinctions: le prix du meilleur spectacle de l'année, obtenu en 1958 pour la scénographie de la pièce "Le cercle de craie caucasien" ou encore le prix des directeurs de théâtres londoniens, reçu en 1982 pour le spectacle "La poupée", comédie musicale" de la RSC.

Honoré en 1969 par l'Ecole nationale du théâtre canadienne où il avait occupé le poste de directeur des études, de la conception et des costumes, Abdelkader Farrah a obtenu en 1971 le prix de la critique londonienne pour la meilleure conception théâtrale et, un an plus tard à Paris, celui du meilleur spectacle de l'année, pour la pièce "Richard III", de la RSC. En 1976, il remonte sur le podium pour une double distinction pour les pièces "Henri V" et "Henri VI" de la RSC. En 1978 il reçoit le prix autrichien de la critique, décerné par le Burgtheater, pour la pièce "Troïlus et Cressida" de W.Shakespeare.

Abdelkader Farah a travaillé sur plus de 350 spectacles, entre pièces de théâtre, opéras, ballets et comédies musicales dans toute l'Europe, ainsi qu'aux USA, au Mexique et en Tunisie, entre autres, collaborant avec une quarantaine de metteurs en scène, 77 auteurs et une dizaine de compositeurs de renom, pour servir également de conseiller dans la construction de nouveaux théâtres et d'enseignant dans différents établissements.

Disparu en 2005, Abdelkader Farrah repose dans un cimetière londonien.

Abdelkader Farrah, un artiste éclectique au parcours ignoré
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