19 mai 1956 : l’arrivée des étudiants aux maquis a propulsé la Révolution

Publié le : lundi, 18 mai 2020 12:23
19 mai 1956 : l’arrivée des étudiants aux maquis a propulsé la Révolution

 

TIZI-OUZOU - L’arrivée aux maquis des étudiants qui ont répondu à l’appel à la grève du 19 mai 1956, lancée par l’Union générale des étudiants musulmans algérien (UGEMA), a propulsé la Révolution et lui a donné un nouveau souffle, a témoigné l’ancien moudjahid, Salah Mekacher qui a rejoint les rangs de l’Armée de Libération nationale (ALN) suite à cet appel.

Rencontré par l’APS chez lui à Tizi-Ouzou, cet ancien officier de l’Armée de libération nationale et secrétaire au Poste de commandement (PC) de la Wilaya III historique, où il a été affecté par le Colonel Amirouche Ait Hamouda, a observé que "l’apport des étudiants et lycéens à la Guerre de libération nationale contre le colonialisme français, était considérable notamment au plan politique, sanitaire et administratif. Les étudiants ont propulsé la Révolution et étendu l’espace de lutte", a-t-il affirmé.

"Les étudiants ont participé à une meilleure organisation de la Révolution à tel point que la Wilaya III historique, où j’étais affecté, est devenue une horloge qui a bien fonctionné et qui a déboussolé l’adversaire'', a-t-il insisté.

Au plan politique, a-t-il expliqué, les étudiants ''ont contribué de manière efficace à la propagation de l’idéologie du Front de libération nationale (FLN) grâce à leur maîtrise du discours et de la communication de masse", a souligné El Hadj Salah Mekacher, ancien élève de la médersa Ethaalibia d’Alger et qui a boycotté comme ses autres camarades, les examens en réponses à l’appel à la grève de l’UGEMA.

Le service de santé de l’ALN, qui était important pour la prise en charge des blessés, a été aussi constitué par ces mêmes étudiants. "Les étudiants ont constitué la charpente du service de santé de l’ALN et c’est une œuvre merveilleuse parce qu’ils étaient en mesure de recevoir leurs compagnons blessés et de les soigner", a-t-il témoigné.

Concernant le volet gestion et administration, M. Mekacher a observé que les étudiants ont pris en charge et organisé le service d’intendance.

''Avant le déclenchement de la Guerre de libération nationale, les groupes de moudjahidine comptaient, en moyenne, une douzaine d’éléments et leur prise en charge était assurée par les villages, mais lorsque l’ALN a été constituée elle comptait des unités d'une centaine de Djounouds, il a fallut mettre en place un service d’intendance et dont la gestion a été confiée aux étudiants", a-t-il observé.

C’est parce qu’il fallait constituer ces deux services que Abane Ramdane et Larbi Ben Mhidi ont appelé à la grève des étudiants. ''Ils savaient qu’on avait besoin d’eux et c’est dans cette perspective qu'ils ont appelé tous ceux qui étaient lettrés à rejoindre le maquis", a insisté M. Mekacher.


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Incorporé au début dans les groupes armés, Salah Mekacher sera affecté au PC de la Wilaya III historique fin octobre 1957 sur ordre du colonel Amirouche qui l’a rencontré au village Taslent dans la région d’Akbou (Bejaia).

Il a été admis au service presse qui comptait entre 15 et 18 éléments. "Lorsque le colonel Amirouche qui m’a interrogé à Taslent, a su que j’étais bilingue (arabe/français), il m’a retenu et c’est lui qui m’a envoyé au PC de Wilaya III pour rejoindre le service de presse où on avait besoin d’un traducteur", a-t-il indiqué.

Ce jeune entama alors son travail de traducteur. "Je traduisais tous les documents en français vers la langue arabe, parce que le colonel Amirouche attachait une grande importance à la langue arabe qui était une question de souveraineté pour lui. Il disait aucun document ne sort du PC s'il n’est pas traduit vers l’arabe", se rappelle-t-il.

Arrive alors la purge suite à l’opération d’infiltration "La Bleuite" lancée par l’armée coloniale en 1957. Salah Mekacher n’y a pas échappé et il fut arrêté par ses camarades. "Pour moi c’était la fin de tout, j’ai vécu ces événements très douloureusement. Le grand désarroi était que de maquisard on devient traître".

Après deux mois de détention, Salah Mekacher a été libéré sur ordre du colonel Amirouche, "c’était lui qui m’avait affecté au PC de la wilaya III, donc je ne pouvais pas être un traitre", a-t-il ajouté.

 

"Plumes et écritoires et pages d'Histoire'', en attente de publication

 

Pour fixer ses témoignages et les transmettre aux générations futures, Salah Mekacher s'est mis à écrire. Auteur prolifique, il a, à son actif, six ouvrages sur la Guerre de libération nationale qu'il a abordée sous différents thèmes.

Son tout dernier livre attend impatiemment le confinement pour voir le jour. ''Plumes et écritoires et pages d'Histoire'' aborde notamment la question de la propagande, et le rôle du PC de Wilaya III sous le commandement des colonels Amirouche et Mohand Oulhadj, a-t-il annoncé.

''L’écriture est le meilleur support pour fixer la mémoire, faire connaître l'ALN et son combat et faire savoir à quel prix nous avons arraché notre indépendance'', a-t-il indiqué en relevant, ''quand vous

rencontrez un moudjahid qui a survécu, il faut voire derrière lui 100 moudjahidines qui sont tombé au champs d'honneur''.

"Maintenant que nous avons l'occasion de le faire, il est important de témoigner et d'écrire notre Histoire nous Algériens parce que la plupart du temps se sont les Français qui ont écrit avec leur vision", a-t-il conclu.

19 mai 1956 : l’arrivée des étudiants aux maquis a propulsé la Révolution
  Publié le : lundi, 18 mai 2020 12:23     Catégorie : Algérie     Lu : 41 foi (s)   Partagez